article tiré du site du Regroupement francophone unitarien universaliste www.rfuu.net
Il se peut que la conversation n'ait pas eu lieu. Emerson aurait dit « Henry qu'est-ce que tu fais là-dedans? » et Thoreau aurait répliqué : « Ralph, qu'est-ce que tu fais là… dehors? ». Thoreau n'ayant passé qu'une nuit en prison, Emerson aurait disposé de trop peu de temps pour effectuer cette célèbre visite. Dès le lendemain de son arrestation, Thoreau fut libéré, bien malgré lui, car dit-on, pour sauver l'honneur familial, une de ses tantes serait venue acquitter la somme que son neveu devait au trésor public. (Thoreau refusait de payer ses taxes en guise de protestation contre l'aventure militaire américaine au Mexique.)
Avec ou sans la collaboration d'Emerson et en dépit d'une vieille parente qui mit fin à sa détention, la nuit en tôle de Thoreau a quand même marqué l'histoire. La conférence qu'il a prononcée pour expliquer son geste est devenue un des textes politiques les plus célèbres de toute l'histoire américaine : La Désobéissance civile.
Thoreau a eu de la veine. Son geste a pu servir de message grâce au zèle d'un fonctionnaire qui a tout simplement outrepassé ses prérogatives en l'écrouant (la loi ne prévoyant que la saisie des biens). Aussi, il y avait de plus en plus de gens prêts à appuyer le geste de Thoreau et à l'imiter. Plusieurs abolitionnistes avaient déjà pris la décision de ne pas respecter la loi fédérale Fugitive Slave Act et de porter secours, à leurs risques et périls, aux esclaves en fuite; le pasteur unitarien Samuel May était déjà allé en prison avant que Thoreau posât son geste.
Les enchères allaient monter. Mahatma Gandhi et Martin Luther King, deux célèbres apôtres de la non-violence, qui se sont inspirés de la pensée de Thoreau, sont morts assassinés. Lors de la protestation annuelle contre le School of the Americas, à Fort Benning (tristement célèbre école d'assassins et de tortionnaires), des manifestants franchissent sciemment les barrières de cette base militaire, se font arrêter et écopent de peines carcérales allant de 2 à 18 mois. La désobéissance civile est rendue coûteuse à qui la pratique mais, ayant fait preuve de son efficacité, elle a toujours la cote.
Encore aujourd'hui, les Unitariens Universalistes sont des gens qui posent de petits gestes d'apparence anodine. On continue à poser de tels gestes parce que, de temps en temps, il y en a un qui traverse les siècles.
Thoreau, Henry David. Civil Disobedience. 1849.
EN ANGLAIS :
- Livre virtuel en version originale à télécharger gratuitement sur le site du Projet Gutemberg :
http://www.gutenberg.org/etext/71
EN FRANÇAIS :
- Traduction par Guillaume Villeneuve en version livre papier :
Thoreau, Henry David. Thoreau, La désobéissance civile. Éditions Mille et une nuits, Librairie Anthème Fayard. 1997. 63 p.
- Traduction anomyme à lire en ligne sur Wikipedia :
http://fr.wikisource.org/wiki/La_D%C3%A9sob%C3%A9issance_civile
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