article tiré du site du Regroupement francophone unitarien universaliste www.rfuu.net

LES UNITARIENS EN FRANCE

L'arianisme, première manifestation importante du phénomène unitarien, a eu ses partisans en Gaule, plusieurs nobles burgondes ayant adopté le christianisme antitrinitaire de l'évêque Arius. À cette époque toutefois, cette variante du christianisme demeurait moins importante chez le peuple burgonde que le paganisme.

Les grandes "hérésies" ultérieures ne se sont pas rangées dans la mouvance unitarienne, quoique le dualisme tranchant des Cathares laissait peu de place à la Trinité. Aussi, les Cathares et plus tard les Vaudois, comme les Hussites et les Lombards ailleurs, partageront plusieurs valeurs que les unitariens universalistes feront les leurs; puisque le catholicisme et ensuite les grandes églises protestantes se sont trop bien accommodées avec le pouvoir, l'hérésie penchera souvent du côté des opprimés et d'une remise en question du statut quo.

Pendant le Moyen Âge, parmi les antitrinitaires en France, on peut nommer les musulmans, franchement monothéistes, qui ont occupé provisoirement certaines parties de la Provence et ont fait quelques intrusions dans le Languedoc. La proximité de l'empire arabo-musulmane a exercé, à plusieurs niveaux, un effet bénéfique sur la France, grâce notamment aux échanges avec le califat de Cordoue.

C'est avec la Réforme et toutes les remises en question qu'elle a déclenchées que la France connaît des manifestations unitariennes très célèbres et notamment celle de Servetus. Ce scientifique est né en Espagne et a subi le martyre en Suisse, mais c'est en France qu'il a marqué l'histoire religieuse de façon décisive. C'est là que Servetus, Michel Servet en français et parfois Michel Villeneuve en clandestinité, nous a donné son premier ouvrage antitrinitaire De Trinitatis erroribus et plus tard un livre qui a fait frémir l'Inquisition, Restauration du christianisme (Christianismi restitutio). Ces œuvres figurent parmi les grands classiques de l'unitarisme tel le Cathéchisme de Rakow et le discours à la Diète de Torda de Ferenc David. Faust Socin s'en est inspiré pour écrire son De falsa et vera Unius Dei Cognitione. Socin était un Italien qui a vécu chez les unitariens en Europe de l'est mais, pendant des siècles, en France comme ailleurs, on disait "socinien" pour nommer l'unitarien.

Parmi les unitariens français à l'époque de la Réforme il y eut aussi Johann Sommer, un réfugié de la Transylvanie, et le lorrain Nicolas Antoine (1602-1632) qui a fini ses jours, comme Servetus, sur le bûcher.

À la fin du XVIIe siècle, le théologien huguenot Pierre Bayle, réfugié en Hollande, a été parmi les premiers à inclure les unitariens dans une perspective de tolérance (même s'il ne les portait pas dans son cœur). Aussi, une certaine sympathie pour les sociniens se manifestera plus tard chez ses héritiers intellectuels, les philosophes des Lumières.

Un autre huguenot français (né de parents huguenots en Angleterre), Georges de Benneville, a évolué du calvinisme vers l'universalisme en passant par le piétisme allemand. Universaliste qui s'est établi en Pennsylvanie en 1741, il est donc un Français dans la mouvance unitarienne universaliste nord-américaine.

Au fil des XIXe et XXe siècles, le protestantisme français s'est éloigné tranquillement du fanatisme de Calvin et de Théodore de Bèze. Certaines personnes nourries du protestantisme libéral français ont évolué vers la position unitarienne. Théodore Monod (1902-2000) se disait chrétien pré-Nicéen et Albert Schweitzer (1875-1965) est devenu, vers la fin de sa vie, unitarien universaliste en adhérant à la "Church of the Larger Fellowship" (UUA).

En 1986 fut créé l'Association Unitarienne de France (AUF), qui prit en 1992 le nom d'Association Unitarienne Francophone (AUF). Cette association a pour but de regrouper dans l'aire francophone les communautés et les individus isolés d'esprit unitarien, et à favoriser leurs activités de recherche, de méditation et de culte. Elle s'est fusionnée, à la mi-janvier de 2006, avec l'Église unitarienne de France (EUF). Les nuances de pensée unitarienne incluses dans cette fusion AUF-EUF ne sont pas toutes connues de l'auteur de ces lignes mais la mouvance unitarienne universaliste y est présente et un des représentants de cette mouvance, Alain Lauzet, est un membre du RFUU.

Le 25 avril 2003 se créa, à l'initiative de trois unitariens parisiens, l'Association Unitarienne-Universaliste de Paris Ile-de-France. Cette association a pour but de réunir les personnes intéressées par l'unitarianisme et l'universalisme afin de promouvoir des activités allant dans le sens d'un approfondissement et d'une pratique unitarienne. Elle s'est ralliée à l'AUF-EUF.

Une fraternité unitarienne de tradition nord américaine existe à Paris, il s'agit de l'Unitarian Universalist Fellowship of Paris qui regroupe des anglophones unitariens universalistes, mais qui accueille volontiers tous les unitariens (culte en langue anglaise uniquement).

Parmi les éléments dynamiques dans le paysage unitarien français, il y a l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). La bougie d'allumage de cette assemblée est Jean-Claude Barbier, de la Fraternité unitarienne de Bordeaux et rédacteur de la Correspondance unitarienne, une des meilleures sources d'information sur les unitariens (de toutes mouvances) sur le Web. En juillet 2006, l'AFCU et le RFUU ont jeté les bases d'une collaboration qui promet d'être très fructueuse.

Un autre bâtisseur en France est Virgil Pérez. Ce membre du RFUU anime un forum de discussion Une histoire de U (sujets multiples) et a mis en chantier un projet visant à apporter le message UU à la jeunesse.

Enfin, Michael Abitbol anime le site www.unisson06.org. L'association Unisson06 n'est pas unitarienne mais elle est un groupe d'échange et d'entraide sur la spiritualité et la philosophie tentant de dégager une approche laïque et universelle de la spiritualité.

Maurice Cabana-Proulx, octobre 2006
L’auteur a bénéficié des connaissances de Jean-Claude Barbier,
d’Alain Lauzet et de Janine Laurencin, mais les erreurs et lacunes
de ce texte sont de son entière responsabilité.

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